Une installation solaire mal posée, c'est une toiture fragilisée, une production décevante et parfois un danger électrique. La bonne nouvelle : le droit de la construction offre plusieurs recours cumulables, et ils restent mobilisables même si l'entreprise a mis la clé sous la porte. Encore faut-il actionner la bonne garantie, dans le bon ordre.
Reconnaître une malfaçon
Les désordres les plus fréquents sur une pose photovoltaïque :
- défaut d'étanchéité : fixations mal calfeutrées, infiltrations en toiture ;
- câblage non conforme : sections inadaptées, connexions dangereuses, non-respect de la norme NF C 15-100 ;
- sous-production importante et durable par rapport à l'étude ;
- fixations insuffisantes : modules qui bougent ou risquent l'arrachement ;
- non-conformité administrative : dossier de raccordement ou attestation Consuel bâclé.
Le cas de l'infiltration d'eau, très courant, fait l'objet d'un guide dédié : infiltration d'eau après pose de panneaux photovoltaïques, que faire.
Les garanties mobilisables selon la gravité
| Garantie | Durée | Ce qu'elle couvre |
|---|---|---|
| Parfait achèvement | 1 an après réception | Tous les désordres signalés, même mineurs |
| Bon fonctionnement (biennale) | 2 ans | Équipements dissociables : onduleur, éléments démontables |
| Garantie décennale | 10 ans | Désordres graves : étanchéité, structure, impropriété à destination |
| RC pro de l'installateur | Variable | Dommages causés hors décennale |
La décennale est le recours central pour les malfaçons graves : dès lors que les panneaux participent au clos et au couvert, un défaut d'étanchéité ou une atteinte à la solidité relève d'elle pendant dix ans. Pour savoir dans quels cas elle s'applique, voir la pose de panneaux photovoltaïques est-elle soumise à la décennale.
L'essentiel à retenir — Ces garanties se cumulent dans le temps : un même désordre peut relever du parfait achèvement la première année, puis de la décennale ensuite. Agissez vite pour ne pas laisser courir les délais.
La procédure amiable, étape par étape
- Signalez par écrit : adressez à l'installateur une lettre recommandée avec accusé de réception décrivant précisément les désordres et demandant leur reprise.
- Mettez en demeure : sans réponse ou en cas de refus, envoyez une mise en demeure d'agir, toujours en recommandé.
- Faites constater : faites établir un rapport d'expertise indépendant. Il objective la réalité, l'origine et le coût des désordres — c'est une preuve déterminante.
- Saisissez un médiateur ou un conciliateur de justice pour tenter un règlement sans procès.
Conservez systématiquement devis, factures, échanges, photos datées et le contrat initial : ils constituent votre dossier.
Quand l'amiable échoue : la voie judiciaire
Si l'installateur reste silencieux ou refuse, son inaction vous autorise à saisir la justice. Le juge peut ordonner une expertise judiciaire, condamner l'entreprise à réparer ou indemniser, et actionner ses assurances. Selon les montants, la juridiction compétente varie ; l'appui d'un avocat spécialisé en droit de la construction est recommandé dès que le litige est significatif.
Cas de l'installateur en faillite ou introuvable
C'est une situation fréquente dans le photovoltaïque. Rassurez-vous : la décennale suit le chantier, pas l'entreprise. Même si l'installateur a disparu, vous pouvez :
- identifier son assureur décennal via l'attestation remise à l'époque (à réclamer si vous ne l'avez plus) ;
- déclarer le sinistre directement à cet assureur ;
- si vous aviez souscrit une assurance dommages-ouvrage, l'actionner : elle préfinance les réparations sans attendre la recherche de responsabilité.
Bon à savoir — C'est tout l'intérêt de conserver l'attestation décennale de l'installateur : sans elle, retrouver l'assureur des années plus tard devient un parcours du combattant. Réclamez-la toujours à la fin du chantier.
En résumé
- Une malfaçon peut relever du parfait achèvement (1 an), de la biennale (2 ans) ou de la décennale (10 ans) selon sa gravité.
- Engagez d'abord la voie amiable : recommandé, mise en demeure, expertise indépendante, médiation.
- En cas d'échec, la voie judiciaire permet expertise et condamnation de l'entreprise et de ses assureurs.
- Même si l'installateur a fait faillite, sa décennale reste actionnable : gardez l'attestation.
- La dommages-ouvrage, si elle a été souscrite, accélère fortement la réparation.
Installateur, une décennale solide est votre meilleure protection — et celle de vos clients. Comparez les assureurs spécialisés du photovoltaïque.